La mouche punk vient
d’être découverte!
Portrait
de Jean Denis Brisson, taxinomiste
Direction de l’expertise de la faune et de son habitat
Denis Baril
Direction des communications
« Jeudi 10 h dans mon bureau! Ça
vous va? », me demanda-t-il au téléphone. Parfait, je serai là!
Enfin, je
vais pouvoir le rencontrer… Depuis le temps que j’en entends parler. Ce
recenseur de petit monde. Ce grand spécialiste de tout ce qui touche les
insectes au Québec. Je hais les insectes, mais j’suis curieux de connaître
celui qui les aime au point d’en faire une carrière, que dis-je, sa vie!
Le jeudi
10 h pile suivant, je suis assis à deux paravents du bureau du Dr Jean
Denis Brisson, taxinomiste à la Direction de l’expertise de la faune et de ses
habitats du Ministère. « Ça ne sera pas long », me disent gentiment ses
collègues. Cette courte attente me permet de terminer la lecture de deux
articles scientifiques fort intéressants rédigés à son sujet. L’un, du bulletin
de la Société d’entomologie du Québec titrant Jean Denis Brisson un
scientifique « hors norme » et l’autre Les insectes venus d’ailleurs
de la revue L’utili-terre.
Puis, «
beding, bedang » et vlan un grand coup de vent dans le corridor! C’est lui!
Essoufflé, ébouriffé en regardant l’état de son bureau, il m’invite en souriant
à m’asseoir dans le bureau voisin du sien. « On y sera plus confortable…
disons! »
Insectes,
animaux, plantes… tout y passe!
À la
question « quelle est votre première préoccupation professionnelle en mettant
les pieds au bureau ce matin? », il me répond, avec un immense éclat de rire,
que s’il n’avait que 500 courriels à répondre il en serait bien content. Mais
c’est plutôt 3 000 qui l’attendent et auxquels il répondra avec patience avant
la date fatidique du 3 novembre 2010… date à laquelle il prendra sa retraite!
Ces
courriels proviennent majoritairement d’observateurs d’oiseaux. Cette
correspondance a des incidences sur les banques de données du Ministère,
puisque s’il apparaît une nouvelle espèce au Québec, il doit préparer les
documents nécessaires pour ses collègues qui vont corriger les mentions
inscrites dans les registres. « Même si ce ne sont pas toujours des papillons
avec des panaches, on doit traiter chacune des observations avec minutie. »
« Après
ça, il y a toute la mise à jour de la faune invertébrée du Québec. Ça
représente 28 000 pages de taxinomie, c’est plus de 100 pages Internet par
jour. Je couvre toute la palette de
ce qui touche à la taxonomie, depuis les limaces et escargots jusqu’aux
araignées, « name it!1 » On dit de lui que c’est un touche-à-tout de la biologie,
passionné d’entomologie, mais aussi d’ornithologie, de botanique, de mycologie,
de virologie, de microscopie électronique… Le Service à la clientèle doit être
bien content de l’avoir à portée de main ou de clavier!
De plus,
il s’affaire à mettre à jour et à recorriger le Guide des insectes du Québec
afin d’uniformiser les noms français des insectes du Québec. Lui, ainsi que
quelques spécialistes, ont déjà proposé quelque 1 200 nouveaux noms, mais il y en autant à
ajouter.
« Je suis
« booké » jusqu’à 85 ans, après ça je vais commencer à réfléchir! »
Le 3
novembre 2010, ce sera sa date de retraite. Ce sera aussi pour lui, enfin, le
temps d’écrire les livres qu’il souhaite faire depuis longtemps ou de terminer
ceux entrepris. Il y en a qui attendent depuis 40 ans. Son Manuel d’entomologie
technique aura plus de 1 000 pages! « Dormez-vous, monsieur Brisson? » Il prit
une courte pause et dans ses yeux de gamin, j’ai cru voir passer des « curieuseries
», des lucioles, des sentiers que l’on sillonne le soir avec une lampe frontale
et dont il est le seul à connaître réellement les secrets. « Eh bien, me
dit-il, le plus simplement du monde, avec 4 heures de sommeil aux 48 heures, je
peux gérer correctement mon agenda. »
Une
collègue de travail me dira du Dr Brisson
qu’il est un travailleur infatigable, qu’il est aussi une réelle joie de vivre,
un passionné comme jamais elle n’en a vu auparavant. « Tous les soirs, je
chasse des insectes avec une lumière ultraviolette. Je suis chanceux, mon
voisin a une terre à bois et du bois qu’il coupe et corde. C’est le paradis! »
Puis il me ressert son grand sourire de p'tit garçon de 8 ans tout en sortant
de ses poches de pantalon une éprouvette grouillante d’insectes qu’il tend vers
moi. « Vous voyez, c’est ce que j’ai ramassé hier soir. J’ai toujours été comme
ça. Lorsque j’étais jeune, j’ai
toujours apprécié la compagnie des animaux. Quand ce n’était pas un lapin,
c’était une poule, des papillons, des couleuvres, des insectes de tout acabit. J’ai
même gardé un écureuil huit ans, il était libre dans la maison. Je l’amenais
avec moi au collège; je me rappelle que ça terrorisait la femme de ménage de
l’institution », me dit-il un peu étonné.
« Depuis
toujours, c’est mon univers et ce le sera toujours »
Sans crier
gare, il me lance : « Je viens de découvrir une nouvelle sorte de mouche, une
mouche noire et jaune avec des pics sur la tête! » Et dans un grand éclat de
rire, il ajoute : « La mouche punk!
La mouche punk à Brisson! N’importe qui connaissant les punks va la
reconnaître! »
Pas
tellement loin de sa réalité cette mouche… je trouve! Comme les punks, ce Dr
Brisson lui aussi diffère énormément de son environnement social. Sa nature le
pousse loin devant, dans des sentiers où très peu de gens s’aventurent. Cet
être différent depuis toujours, le savant un peu fou qu’il est devenu, ce
chercheur infatigable unique en son genre au ministère des Ressources
naturelles et de la Faune, cet oiseau rare s’envolera définitivement le 3
novembre 2010 vers d’autres horizons. Il n’en tient qu’à nous de décrypter ses
boîtes noires avant son départ…
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Le Dr Jean
Denis Brisson travaille au Service de la biodiversité et des maladies de la
faune, qui relève de la Direction de l’expertise sur la faune et ses
habitats.
Dans son
site intranet, le MRNF a souligné, le 20 janvier dernier, le fait que le Dr Brisson
s’est vu remettre le prix Pierre-O.-Thidodeau par la Société des plantes du
Québec pour le livre Noms des maladies des plantes/Names of Plant Diseases
in Canada et pour l'ouvrage Plantes d'ornement au
Québec : problèmes et solutions que tout le monde peut
consulter gratuitement.
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1 Il a
de plus publié trois nouvelles mentions de libellules pour le Canada, dont deux
étaient aussi nouvelles pour l’Amérique du Nord. Trois autres nouvelles
mentions d’araignées et de coléoptères pour le Canada ou le Québec attendent
qu’il trouve quelques heures pour les rapporter.